Histoire du quartier de Saint Bruno – sixième et dernière partie

Le quartier actuel de Mériadeck

Cependant, le quartier ne cesse de se bâtir et nous pouvons sans peine en suivre les progrès au cours du XIXe siècle. Remarquons tout de suite l’ouverture, vers les années 1840, de la rue François-de-Sourdis, du sommet de la rue de Pessac à l’église Saint-Bruno.

L’ensemble du quartier se complète donc, se meuble tout en conservant les caractéristiques du projet initial. Et le second Empire, l’âge d’or des entrepreneurs de maçonnerie, multiplie les bâtisses et les rues, à Saint-Bruno aussi bien qu’ailleurs. La chute de Napoléon III, l’établissement du régime républicain n’ont pas arrêté ce mouvement ; mais l’œuvre nationale et sociale du XIXe siècle finissant aura laissé dans ce quartier de Bordeaux, plus qu’en aucun autre peut-être, la trace durable de ses deux grandes préoccupations. La France républicaine, après les désastres de 1870 s’est trouvée en présence d’un double devoir : d’une part, elle avait à préparer des citoyens pour assurer la liberté politique ; de l’autre, elle avait à sauvegarder l’indépendance et l’honneur de la patrie en refaisant l’armée nationale ; c’est pourquoi elle multiplia, sans compter les millions, les forteresses à la frontière, les casernes à l’intérieur des départements, et c’est pourquoi aussi elle voulut que l’instruction fût à la portée de tous et se couvrit d’écoles, d’écoles qui font les citoyens, dont la caserne fera des soldats. A cette double tâche, chaque ville s’est associée.

Le groupe scolaire et la caserne Xaintraille

Le quartier Saint-Bruno possède deux monuments qui portent témoignage de cette collaboration de Bordeaux à l’œuvre de restauration nationale entreprise par la République : le groupe scolaire, exécuté de 1894 à 1896 sur les plans de l’architecte Duprat, et les casernes Xaintrailles, érigées dans le domaine de Livran de 1875 à 1876. Jusqu’aux environs de 1840, on pouvait voir au fond de l’impasse Rivière, qui aboutissait au chemin du Tondu, les ruines d’une vieille chapelle. Cet édifice avait été la propriété des Jésuites et était connu sous le nom de Saint-Laurent-en-Graves. Dans les vieux titres, il portait le titre de Saint-Laurent-des-Obscures ou de Lescure. Cette chapelle, dont on faisait remonter très loin l’origine, aurait appartenu à un couvent de religieuses ; plus tard, son voisinage abrita des réunions protestantes, car Dom Devienne rapporte qu’en 1561 « il se tint auprès de cette chapelle une assemblée de 3oo protestants, et le lieutenant du roy Burie envoya pour la dissoudre le capitaine du guet » et que ce dernier, touché du spectacle qu’il y vit, se fit calviniste. A cette chapelle commençait le vaste domaine de Livran, où jadis s’élevait le château des descendants de Pierre de Bourdeaulx, fondateur du couvent des Cordeliers de cette ville. C’est sur ce terrain qu’ont été construites les casernes ; le reste du domaine, dépecé, morcelé, est sillonné de rues médiocres, médiocrement bâties, que domine de très haut la silhouette militaire, raide et massive, de la caserne Xaintrailles, dont les portes s’ouvrent vers la campagne, sur le boulevard.

Le groupe scolaire Saint-Bruno, à l’autre extrémité du quartier, est venu compléter le décor de la place Lamoureux. Il me serait agréable de faire l’éloge de cette importante bâtisse, mais je ne puis empêcher qu’on y remarque, à côté de détails charmants et de morceaux très réussis, tels que les portes de l’école, des lourdeurs, des disparates, un manque de simplicité et d’élégance qui, pour être communs à la plupart des grandes constructions modernes, n’en sont pas moins faits pour nous inspirer le regret des styles anciens. Aussi bien, ses défauts disparaissent à demi dans l’incohérence qu’on dirait voulue de cette singulière décoration architecturale de la place Lamoureux, faite des éléments les plus hétérogènes ; l’église, au style italien, flanquée d’un dépositoire qui n’est, je crois, d’aucun style, et d’un presbytère dont la fantaisie biscornue fait penser à une hôtellerie suisse ; un campanile habilement architecturé, il est vrai, mais si robuste qu’il a l’air d’avoir été dérobé à quelque château fort ; la porte monumentale du cimetière, si banale dans sa prétention à la majesté, couronnée de son sépulcre, que les sculptures du Rispal ne relèvent pas de sa médiocrité artistique. Je ne sais quel sera le goût chez nos arrière-neveux. Peut-être apprécieront-ils plus que nous ne le savons faire cette cacophonie monumentale. Souhaitons le toujours, sans trop l’espérer.

Nous venons d’assister à la formation progressive et lente, au cours de trois siècles, du quartier Saint-Bruno. Il nous reste à voir comment il est devenu le quartier que nous connaissons aujourd’hui. Au XIXe siècle, des échoppes y sont construites et une population pauvre, ouvrière et artisane s’y installe. Des maisons closes, cafés et bals animent ce quartier cosmopolite. L’expression : « c’est Mériadeck ici ! » (« que de bazar ici ! ») demeure dans quelques familles bordelaises et rappelle de ce fait le vieux Mériadeck.

Ferdinand Maximilien Mériadec

Le quartier actuel doit son nom au cardinal de Rohan, Ferdinand Maximilien Mériadec, archevêque de Bordeaux, qui y fit construire le palais Rohan en 1771 (qui, en 1833, deviendra l’hôtel de ville) et qui offrit les terres à la ville, alors à l’étroit dans ses limites géographiques héritées du Moyen Âge. C’est aujourd’hui un quartier moderne, essentiellement commercial et administratif.

En 1955, la municipalité dirigée par Jacques Chaban-Delmas décide la rénovation totale de ce quartier pauvre. Le projet prévoit la construction d’immeubles « barres » typiques de ces années. En 1963, la rénovation devient restructuration et le quartier Mériadeck sera finalement le quartier d’affaires de Bordeaux avec des bâtiments modernes commerciaux et administratifs, ainsi que des équipements sportifs (patinoire, Bowling …).

De nombreuses administrations et services sont regroupés dans ces grands bâtiments, dont la hauteur a finalement été limitée, construits autour d’un jardin central, vestige des jardins de la Chartreuse. De plus, la circulation automobile et celle des piétons ont été séparées par la construction d’une dalle, l’actuelle esplanade Charles de Gaulle. L’atelier d’architecture Salier Lajus Courtois Sadirac conçoit les Jardins de Gambetta dans le quartier de Mériadeck soit 6 immeubles pour une surface de 23 800 m2.

Le quartier abrite le centre commercial Mériadeck, l’Hôtel de la métropole de Bordeaux, la préfecture de la région Aquitaine, le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, le Conseil départemental de la Gironde, le commissariat de police, la Poste centrale, la patinoire de Mériadeck, la Bibliothèque centrale et certains services de la Direction générale des Finances publiques. Certains bâtiments récents (comme le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, le Conseil départemental de la Gironde, la Poste et le commissariat de police) tendent à rajeunir l’architecture vieillissante de ce quartier.

Ce quartier a permis la construction de bâtiments administratifs et commerciaux à proximité du centre-ville sans dégrader l’architecture historique du vieux Bordeaux. Les quartiers autour de Mériadeck sont composés de nombreuses échoppes, maisons à un étage typiquement bordelaises. Il est également à quelques pas du centre animé de la ville et notamment la Place Gambetta, ensemble XVIIIe qui tranche avec l’architecture moderne du quartier Mériadeck.

Au terme de ce parcours dans l’histoire du quartier Saint-Bruno, il nous est agréable de reproduire les mots de J. Léonard-Chalagnac dont le travail historique fut précieux :

« Qu’on nous permette de terminer par un juste vœu cette modeste étude. Puisque Bordeaux élève sur ses plus belles places publiques des monuments, des statues à des Français notables, à des Bordelais de naissance ou d’adoption qui l’ont illustré ou embelli, pourquoi ne rendrait-il pas un pareil honneur à cet archevêque auquel il n’est guère moins redevable qu’à Tourny lui-même, de son excellente hygiène, de son air salubre, de son harmonieux développement ? Grâce à François de Sourdis, Bordeaux a cessé de redouter les angoisses de la peste ; grâce à lui, Bordeaux a pu entreprendre par-dessus et au-delà du marais cette expansion vers l’ouest, qui semble une des lois du développement des villes modernes, et tendre la main à ces bourgs qui deviendront demain ses faubourgs, Pessac, Mérignac, Caudéran. C’est lui, enfin, qui a préparé, taillé pour le présent et pour l’avenir une portion notable de son territoire. Sur ce territoire qu’il leur a donné, dans cette place Lamoureux (aujourd’hui « Place du 11 novembre ») qui en est un des centres, auprès de cette église qu’il a fondée, les Bordelais se doivent à eux-mêmes de dresser au grand cardinal, en témoignage de leur reconnaissance, un buste ou, mieux encore, une belle statue décorative. En même temps qu’ils pareraient une région de leur ville, jusqu’ici trop généralement négligée, ils s’acquitteraient d’un devoir d’équité et ils effaceraient le souvenir d’un trop long oubli ».

Fin de l’Histoire du Quartier Saint-Bruno

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